QU’EST-CE QUE CROIRE ?

INTRODUCTION

Commençons par une définition préliminaire, croire cela signifie que l’on donne son assentiment à quelqu’un ou à quelque chose. Croire, c’est accorder crédit à telle ou telle proposition, par exemple: « je crois que 2+2=4 », ou encore « je crois en Dieu ». la croyance est un processus mental par lequel une personne adhère à une thèse ou à une hypothèse de façon à ce qu’elle la considère comme vraie.

Il y a différentes sortes de croyances, il y a des croyances scientifiques comme par exemple, le darwinisme ou la théorie de l’évolution, il y a des croyances religieuses comme par exemple le dogme de la virginité de Marie, il y a des croyances superstitieuses telle « qu’ouvrir un parapluie à l’intérieur d’une maison porte malheur ». Non seulement, il y a différentes sortes de croyances mais aussi différents degrés dans l’ordre de la croyance qui vont du doute à la certitude absolue, et qui oscille du scepticisme au fanatisme.

Douter, c’est le contraire de croire et croire en n’importe quoi, c’est être crédule et naïf, quant à perdre ses croyances, c’est être désillusionné. Croire à en mourir, c’est le propre du fanatisme, et ne croire en rien, c’est du nihilisme (du latin nihil = rien). « Ne croire que ce que l’on voit », c’est être comme Saint Thomas ! L’on peut donc dire « dis moi en qui ou en quoi crois-tu, et je te dirai qui tu es ». Ainsi il y a des croyances raisonnables et d’autres qui sont délirantes comme par exemple dans l’érotomanie ou le(a) malade mental(e) se croit aimé(e) en retour par la personne qui suscite sa passion amoureuse. Enfin il y a des croyances que l’on peut vérifier et d’autres non. Mais au-delà de cette diversité et polymorphie de la croyance, y- a t-il des signes symptomatiques récurrents ?

PREMIÈRE PARTIE  : EXPOSITION DES CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES DU SENTIMENT DE CROYANCE

Première particularité : La croyance a souvent un lien avec l’habitude (même dans le domaine scientifique), et même les croyances qui sont basées sur des liens logiques comme la relation de causalité, reposent en définitive sur l’habitude. Le philosophe qui a montré ceci est Hume  au XVIIIème siècle dans son ouvrage Enquête sur l’Entendement Humain. Hume part du constat suivant : « L’habitude est le grand guide de la vie humaine ». Ainsi, par exemple, j’ai toujours vu le soleil se lever le matin, alors j’en déduis et je finis par croire qu’il est impossible qu’il en soit autrement.

Donc, certaines choses dans l’ordre du savoir finissent par être des croyances, comme c’est le cas pour le principe de causalité. Les humains observent et constatent que d’un événement en découle un autre, que de « a » découle b », comme avec l’exemple du lever du soleil. J’ai toujours vu qu’au bout d’un certain temps, un certain nombre d’heures, l’aube venait donc j’en infère que l’écoulement du temps a un lien avec le lever du soleil.
Le principe de causalité est la base  de tous les raisonnements scientifiques; donc, en fin de compte, la science repose sur des constats liés à l’habitude.

Le scientifique croit que l’univers n’est pas soumis au chaos, mais obéit à des règles, ainsi Galilée déclare: « l’Univers est écrit en langage mathématique ». Autrement dit, l’univers n’est pas livré au hasard, mais il y a un ordre naturel; cet ordre naturel s’observe et on peut en inférer des règles comme « le jour succède forcément à la nuit ». J’ai l’habitude de voir l’aube arriver au bout de la nuit, donc je finis par croire qu’il n’en peut être autrement. Cependant, on ne se rend pas compte en général que cette assertion : « Le jour succède à la nuit » est une croyance et pas simplement un lien logique irréfutable.

La preuve que l’attente du lever du soleil finit par être une croyance, c’est que les bébés, non encore habitués à la succession des jours et des nuits ont des angoisses nycthémérales à l’approche de la nuit. Les bébés s’inquiètent de la venue de la pénombre au début de l’existence; mais ils finissent par s’habituer au rythme des jours et des nuits. Alors, l’enfant, dans son esprit, finit par croire à la venue indéniable de l’aube. Donc, c’est bien l’habitude qui est dissimulée derrière ce que l’on appelle le lien de causalité.

Mais justement dans certaines autres cultures, comme celles d’Amérique du Sud, il y a la croyance qu’un jour le soleil ne se lèvera plus ! Donc, ce que nous croyons si logique, car basé sur l’habitude, comme le lever du soleil  peut être mis en doute. Le principe de causalité n’est pas un principe absolu indétrônable, le doute peut s’attaquer à lui. Ainsi il est possible de douter (même si on ne le fait pas habituellement, car c’est contraire à nos habitudes, donc à nos croyances) de la venue du soleil au bout de la nuit.

Le fondement de la plupart des croyances est l’habitude. Les croyances sont tellement liées aux habitudes qu’elles finissent par paraître irréfutables. Mais comme le montre la culture aztèque (avec le serpent à plumes qui avale le soleil!), il est toujours possible de douter d’une habitude journalière transformée en croyance.

Deuxième particularité : La force des croyances peut être extrême. Et les croyances à force de répétition, deviennent quasiment indubitables. Ainsi si quelqu’un se mettait à douter de la venue de l’aube au matin, il passerait pour un fou, un homme qui déraisonne. La certitude comme celle liée au lever du soleil, finit par être même quasiment animale, tellement elle est automatique !

La répétition permet à la croyance de former une barrière contre le doute. C’est pour cela d’ailleurs, que certaines sectes, et certaines forces politiques comme le communisme ont pratiqué des opérations de lavage de cerveau, basées sur la répétition mécanique de certains préceptes. La répétition permet d’installer un automatisme dans le cerveau.

Troisième particularité: La croyance est une nécessité vitale et ne concerne pas que la sphère religieuse. Dans certains domaines, il n’est pas permis de douter, car sinon on ne pourrait rien apprendre! Ainsi pour apprendre en histoire, il faut que les élèves accordent foi aux propos de leur maître et aux manuels scolaires: « Quelqu’un qui douterait de tout ne pourrait apprendre l’histoire » écrit Wittgenstein.

De même pour apprendre à parler, il faut que l’enfant croit aux propos de l’adulte qui lui apprend monstrativement les choses. Ainsi comme le remarque Wittgenstein dans De la Certitude  : « L’enfant apprend en croyant l’adulte ». La croyance équivaut derrière certaines propositions à « je sais que ». par exemple, si on reprend l’exemple de l’arbre et de l’adulte qui dit à l’enfant « ceci est un arbre »; c’est comme si l’adulte sous-entendait « je sais que ceci est un arbre ». « Je sais » n’est pourtant pas synonyme de j » crois »; mais parfois « je sais » peut être remplacé par « j’ai la conviction inébranlable ». Par exemple, « j’ai la conviction inébranlable que et objet est un arbre ». Il ne faut pas pour vivre posément aller « au-delà de tout doute raisonnable » comme disait Wittgenstein. Et le philosophe , de citer le cas de l’anatomie, ou ce qui est décrit est soustrait à toute espèce de doute.

Autrement dit, un doute qui mettrait tout en doute ne serait plus un doute, mais une folie ! De même, « les objets dont on enseigne les noms aux enfants en leur expliquant de façon  monstrative »  existent » dit Wittgenstein. C’est comme si rajoute le philosophe, le « je sais » ne supportait pas une intonation métaphysique sur l’existence de la chose montrée. La proposition « c’est un arbre » sous-entend aussi « je sais que cet arbre existe ». Si je  me mettais à douter de l’existence de certaines choses que je montre et dont je parle, je finirais par nier la réalité. Or, pour vivre comme il faut, on ne peut nier la réalité; mais pour vivre, il faut s’affirmer au milieu de la réalité des choses. C’est donc une nécessité vitale de croire en l’existence des phénomènes et des choses à portée de nos sens. La croyance n’est donc pas liée qu’à la sphère religieuse, mais est le fondement de notre savoir en général ! Ainsi, souvent « ce que je sais » équivaut à « ce que je crois »; même si croyance et savoir ne sont pas synonymes; ils sont intrinsèquement liée l’un à l’autre.

DEUXIÈME PARTIE : LES CROYANCES SONT INÉVITABLES CAR IL Y A DES ASPECTS MÉTAPHYSIQUES DANS LA RÉALITÉ, ET TOUT PEUPLE A BESOIN DE CROYANCE.

 1) Les aspects métaphysiques de l’existence (comme l’immortalité de l’âme, la croyance en Dieu) dépassent l’expérience concrète donnée par les sens, et donc reposent forcément sur de la croyance. Il y a des domaines où le savoir bute sur l’inconnaissable (qu’y a t-il après la mort ? L’âme est-elle immortelle ?) . C’est pourquoi Kant dans la Critique de la Raison Pure déclare : « J’ai donc du supprimer le savoir pour y substituer la foi ». Dans le même ordre d’idées, Saint Augustin disait « Crois, et tu comprendras, la foi précède, l’intelligence suit ». Mais le problème avec les croyances métaphysiques, voire religieuses, c’est que souvent on ne peut les vérifier, et il y a toujours un risque de trop extrapoler par rapport à la réalité et de tomber dans des croyances délirantes. Par exemple, comment prouver que la croyance en la réincarnation est vraie ?! Si cela était vrai, il y aurait longtemps qu’on l’aurait démontré scientifiquement. Or, ce qui vient étayer ce genre de croyance sont en général des témoignages peu fiables

2)  Mais il n’y a pas que le problème du délire dans la croyance religieuse, il y a aussi le risque de fanatisme. Le fanatisme est dangereux car il est nuisible – a) Pour l’individu fanatisé, et b) Pour les autres qui ne partagent pas le même point de vue.

a) Pour l’individu fanatisé, ses croyances deviennent dangereuses dans la mesure où elles entraînent des renoncements extrêmes (comme pour les moines, par exemple qui font vœu de pauvreté; vœu de chasteté et vœu d’obéissance à leur supérieur dans leur ordre). L’on voit par cet exemple, que le fanatisé restreint sa liberté et devient aliéné par des vœux contraignants et quasi-inhumains.

b) Pour les autres qui ne partagent pas les mêmes croyances, le croyant fanatique est également dangereux car le prosélytisme religieux s’accompagne souvent d’intolérance et d’animosité envers ceux qui pensent autrement.

Même les grands philosophes croyants sont tombés parfois dans le fanatisme, à l’instar de Blaise Pascal qui dans les Pensées exhorte ses lecteurs ainsi : « Abêtissez-vous! » Autrement dit pour Pascal, si on n’est pas capable de croire par le biais de la raison, il faut laisser les impulsions du cœur gouverner nos croyances.

Troisième remarque : Les croyances religieuses ne sont pas les seules à être exclusives et virulentes, tout peuple dans son inconscient collectif a des croyances. Les croyances, c’est aussi le fond d’un peuple, et la plupart des individus ont des croyances liées aux premières impressions de l’enfance et aux préjugés qu’ils ont acquis au cours de leur apprentissage de la vie.

Il y a donc souvent quelque chose de passif dans nos croyances et on ne devrait jamais consentir qu’aux opinions démontrées . Mais comment les croyances d’un peuple s’élaborent-elles ? À partir du fond religieux qui sert de base morale à l’édification de la civilisation et cela prend des siècles. Aussi on ne peut changer les croyances des peuples et des individus d’un coup de baguette magique. Ainsi Gustave le Bon dans Psychologie des Foules déclare: « Les grandes croyances générales sont en nombre fort restreint. Leur formation et leur disparition constitue pour chaque race historique les points culminants de son histoire. Elles sont la vraie charpente des civilisations ». Souvent le changement des croyances demande des mouvements violents : « Les révolutions qui commencent sont en réalité des croyances qui finissent ». Mais même lorsqu’une croyance est fortement ébranlée, les institutions qui y sont liées conservent longtemps leur puissance et ne s’effacent que lentement. Ainsi la croyance catholique s’est effondrée avec l’avènement de la science et du confort moderne, mais l’institution de la religion, l’Église existe encore et mettra encore des dizaines d’années à s’effriter et s’étioler.

Les croyances d’un peuple exercent une puissance phénoménale dans le temps: « Il n’est de véritable tyrannie que celle qui s’exerce inconsciemment sur les âmes, parce que c’est la seule qui ne puisse se combattre. Tibère, Gengis Khan furent des tyrans redoutables sans doute, mais du fond de leur tombeau, Moïse, Bouddha, Jésus,Mahomet, Luther ont exercé sur les âmes un despotisme bien autrement profond. Une conspiration abattra  un tyran, mais que peut-elle  sur une croyance bien établie ?! ». Ainsi la Grande Révolution de 1789 a finalement été vaincue par l’Église : « Les seuls tyrans réels de l’Humanité ont toujours été les ombres des morts ou les illusions qu’elle s’est créée ». Les croyances générales sont les supports indispensables de toute civilisation, ce sont elles qui impriment une orientation aux idées, et ce sont elles peuvent inspirer la foi et créer le devoir. C’est pourquoi les peuples ont toujours senti l’utilité et la nécessité des croyances générales. Les croyances qui se délitent entraînent immanquablement la décadence de la civilisation qui la constituent: « Le culte fanatique de Rome fut la croyance qui rendit les romains maîtres du monde. Cette croyance morte, Rome dut périr » remarque Gustave le Bon. Les barbares, destructeurs de la civilisation romaine ne furent capables d’ailleurs de sortir de l’anarchie et d’arriver à une certaine cohésion que quand de nouvelles croyances apparurent, notamment chrétiennes.

Les croyances sont le fond d’un peuple à un niveau collectif, et à un niveau individuel, elles marquent également les esprits. Les croyances n’ont été renouvelées dans les peuples et les âmes que par de longs processus historiques, mais à l’heure de la surmédiatisation des informations du monde, quelles croyances vont-elles subsister ?! Ne sommes-nous pas rentrés dans un cycle de décadence inéluctable faute de nouvelles croyances ?

Croire de manière fanatique est dangereux, mais ne croire en rien ne l’est-il pas tout autant ?! Le nihilisme actuel est sans  doute la marque d’une décadence sans précédents dans l’histoire du monde ! Qu’est-ce qui pourrait nous sauver de ce cataclysme psychologique ?! Internet regorge de croyances messianiques et millénaristes, mais quelles sont les croyances qui triompheront à l’avenir ?! Nul ne le sait encore …

TROISIÈME PARTIE : IL Y A PAR AILLEURS, UNE CROYANCE INDISPENSABLE À AVOIR; LA CROYANCE EN SOI-MÊME.

Première considération : Ne pas croire en soi est indéniablement une faiblesse de caractère et la marque d’une défaillance de la volonté. Mais d’où vient cette croyance en sa personne, cette croyance en soi-même ?! Celle-ci nous vient de l’amour qu’on nous a porté pendant la petite enfance.
La confiance en soi-même n’est donc pas une mystérieuse vertu depuis que nous savons (grâce à Freud) qu’elle a des racines psychanalytique. Il ne sert donc à rien de blâmer ou de se moquer des personnes dépourvues de croyance en soi. Ce n’est pas non plus une tare génétique, mais cet amour de soi provient de notre entourage proche. Les carences affectives durant la prime enfance affectent gravement les sujets infortunés dans leur confiance en eux-mêmes.

La croyance en soi-même est indispensable pour réussir dans la vie. La plupart des échecs sont imputables à la défaillance de la volonté et sont liés à des névroses d’échec.

Croire en soi est tellement fondamental qu’une des paroles qui revenait sans cesse dans la bouche du Christ était  après avoir accompli un miracle, une guérison de dire à la personne délivrée : « Va , la Foi t’a sauvé ! » Croire en nous-même est important pour nous donner de l’espoir, donner des ressources à notre volonté.

Deuxième considération : En médecine, la capacité à l’auto-guérison se dénomme l’effet placebo. L’effet placebo n’existe pas que pour les médicaments. Il existe aussi la chirurgie placebo où l’on fait croire au patient qu’on l’a opéré en laissant une cicatrice dans la zone malade. Les pathologies répondant au placebo sont celles  dont la charge émotionnelle et la part psychosomatique sont les plus fortes comme la dépression, les douleurs chroniques, l’asthme. L’effet placebo agit sur des signes subjectifs (comme l’intensité de la douleur, l’anxiété, la dépression) mais agit aussi sur des signes objectivement mesurables cliniquement parlant comme la fréquence cardiaque, la pression artérielle.

CONCLUSION

La croyance est donc loin d’être une notion subalterne à ranger du coté du charlatanisme, c’est une des instances de notre psychisme qui nous permet d’avoir confiance en la vie, et confiance en nous. La croyance est à la base de l’équilibre psychique,  c’est pourquoi Flaubert disait de manière provocante : « On ne fait rien de grand sans le fanatisme ».  La croyance nous donne la foi en la vie et en nous-même.  La croyance, en effet, devient foi quand la croyance se fait volontaire et idéaliste. La croyance est positive quand elle se fait acceptation active d’un idéal, et non plus  passive.

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