DIEU EXISTE T-IL ?

DIEUINTRODUCTION

Dieu existe t-il ? C’est une question qui paraît dépasser l’entendement humain. Pourtant, l’homme ne peut s’empêcher de se poser cette question.

Devant cette question, il y a la tentation de l’agnosticisme. Ce terme désigne ceux qui pensent qu’on ne peut se faire aucune idée de Dieu, et qui ajoutent qu’on ne peut savoir si Dieu existe ou non. Dieu est inconnaissable, il ne faut même pas se poser la question. Mais cette question demeure cependant l’une des plus fondamentales dans le cœur de l’homme. Toutes les sociétés, d’ailleurs ont une religion. Il n’y a pas de société humaine sans divinité.

PREMIÈRE PARTIE : ARGUMENTS SOUTENANT QUE DIEU N’EXISTE PAS.

Premier argument : L’idée de Dieu serait une idée qui nous viendrait de l’inconscient.

Ainsi, pour Freud, l’idée de Dieu est un transfert du sentiment filial. C’est un retour nostalgique à l’enfance où on était sous la protection d’un père, juste bon et tout-puissant. Freud déclare ainsi : « La mort du père est la naissance de Dieu ». L’homme se souvient parfois de l’impression terrifiante de la détresse infantile; face à cette angoisse, il ressent le besoin d’être protégé, d’où le recours à l’idée de Dieu. Pour la psychanalyse, Dieu et la religion, sont des illusions qui correspondent à un besoin. Cependant, s’abandonner au sentiment religieux pour Freud, c’est la régression vers un stade infantile : « L’homme ne peut pas demeurer éternellement un enfant, il lui faut enfin s’aventurer dans un univers hostile ». Pour Freud, la religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité, elle dérive directement du complexe d’Oedipe.

Deuxième argument : Dieu n’existerait pas, ce serait la projection décuplée de nos vertus.

L’homme projette ses qualités hors de lui, il les objective en un sujet fantastique, pur produit de son imagination. Telle est la thèse soutenue par Feuerbach (1804-1872) dans l’ouvrage L’Essence du Christianisme.. Pour Feuerbach, la religion serait « un vampire de l’humanité« . En effet, le philosophe constate que toutes les déterminations de l’être divin sont des déterminations de l’être humain. Par exemple, on prête comme qualités à Dieu des attributs comme l’amour, la sagesse, l’intelligence, l’existence, qualités qui sont également en l’homme.

Cependant, sans la religion, sans l’adoration d’un dieu extérieur, l’homme n’aurait jamais eu qu’une conscience enveloppée, obscure, analogue à celle de l’animal. Il a fallu à l’homme ce dédoublement, c’est à dire pratiquement se perdre pour se trouver. Autrement dit pour Feuerbach, la connaissance de Dieu revient à une connaissance de soi : la conscience de Dieu est la conscience de soi de l’homme. La religion révèle les trésors cachés de l’homme. Feuerbach entend ramener la religion à ses fondements anthropologiques.

Troisième argument : Dieu n’existerait pas, l’idée de Dieu nous serait inspirée par la peur de la mort.

L’homme, à cause de cette peur de la mort a toujours eu la nécessité d’une croyance en l’au-delà. On retrouve cette idée déjà dans les religions polythéistes de l’Antiquité. Ainsi dans la religion antique de l’Égypte, pour revivre le défunt doit d’abord se présenter devant le tribunal d’Osiris, le Dieu du monde des morts. L’âme des morts était pesée dans une balance et si l’homme durant sa vie avait mal agi, son âme était donnée en pâture à un animal monstrueux, mélange d’hippopotame, de crocodile et de lion. Si l’homme, au contraire avait bien agi, son âme était accueillie dans les champs d’Ialou (le paradis égyptien), où la déesse Nout donne l’eau vivifiante qui permet d’assurer la subsistance humaine pour l’éternité.

Dans l’Islam, il y a également l’idée de paradis. Le bouddhisme et l’hindouisme exorcisent l’homme de la peur de la mort par le système de la réincarnation. Dans le christianisme, il y a la croyance en la résurrection. Le paradis chrétien toutefois est une conception différente des autres, dans la mesure où le paradis chrétien est purement spirituel. Ainsi comme il est dit dans l’Évangile selon Saint Mathieu et celui selon Saint Luc avec l’histoire de la femme aux sept maris. Des pharisiens interrogent le Christ pour savoir quel mari aura au ciel une femme sept fois veuve, et Jésus leur répond : « Vous vous égarez, faute de connaître les Écritures et la puissance de Dieu, en effet, on ne prend ni femme, ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel ».

On pourrait donc penser que Dieu est une invention des hommes par peur de la mort, puisque toute religion suppose l’immortalité de l’âme. Cette idée hantait la conscience de l’écrivain Dostoïevski, qui était un chrétien tiraillé par le doute. C’est pourquoi dans son roman Les Possédés, il met en scène un étrange personnage dénommé Kirilov. Pour Kirilov, Dieu est une création humaine , c’est la projection d’une hantise, celle de la mort. Pour libérer l’homme, il faut supprimer cette peur de la mort, et l’idée de Dieu disparaîtra, n’étant plus regardé désormais que comme un vieil anachronisme rétrograde. Kirilov décide donc de se tuer pour délivrer les autres hommes de la peur de la mort. Le personnage est convaincu que lorsque les hommes ne seront plus prisonniers de cette hantise, un type nouveau d’humanité surgira. Kirilov pense que son suicide philosophique va débarrasser le restant de l’humanité de la peur de la mort… Ce qui est quelque peu stupide dans la mesure où nul ne revient de la mort ! Donc ce n’est pas parce que Kirilov se suicide, qu’il enlèvera aux autres hommes la peur de la mort !

Quatrième argument : D’autres pensent encore que la croyance en Dieu provient du besoin de se rassurer en général.

Ce serait l’instinct de survie, la peur de manquer qui expliquerait  cette croyance en Dieu récurrente. Cette thèse est l’explication marxiste de la croyance en Dieu, comme l’explique le théoricien marxiste Michel Verret dans le Marxisme et la Religion : « Il n’est pas de plantes ou d’animaux dont le besoin ou la peur n’ait fait des dieux. Le panthéon égyptien est une véritable ménagerie ». Le rituel magique dans la religion a un rôle sécurisant. Les gestes d’incantation ou de prière nous libère de la tension nerveuse suscitée par la peur de l’inconnu. Ils compensent symboliquement les défaillances de la technique ou de l’action. Ainsi dans les sociétés archaïques, comme on a des mauvaises armes, qu’on fait par conséquent de mauvaises chasses, on envoûte le gibier avant de partir. « Les rituels sont des techniques malheureuses, nées des malheurs de la technique ». L’action réussie va dissiper dans la pensée les fantasmagories de l’affectivité. On ne prie plus les dieux de la pluie quand on a de beaux canaux d’irrigation. On ne va plus chez le guérisseur quand le médecin sait vous guérir.

Par ailleurs, Dieu peut prêter à l’ordre dominant le secours de sa toute-puissance et de son omniscience supposée. L’appareil des sanctions sociales humaines est nécessairement imparfait, le crime peut donc rester impuni. D’ailleurs c’est l’espoir de tous les délinquants que d’échapper à la justice humaine. Mais si on se met à penser que Dieu existe, et que c’est comme un œil absolu qui voient toutes les âmes et tous les péchés, alors au faible appareil des sanctions sociales s’ajoute alors l’infaillible système des sanctions métaphysiques.avec la croyance au paradis et à l’enfer. Là pour les marxistes, l’idée de Dieu supplée la police, ainsi remarquent ils que dans les couches dominantes, l’intérêt religieux va de soi et se confond avec l’intérêt de classe. La foi chez les nantis procéderait de subtiles mécanismes émanant de la bonne conscience. Cela leur assure une aura morale sous couvert de défendre des intérêts universels. Chez les pauvres, par contre la religion fait la sacralisation du sacrifice et leur inspire des vertus d’esclave : obéissance, résignation, humilité (vertus aimés des maîtres). Par la religion, pour les marxistes, on suscite chez l’opprimé le consentement à l’oppression. La religion est donc pour les marxistes, née du besoin, c’est un garde fou social. Pour eux, la religion ne justifie pas seulement l’oppression, elle en offre la compensation idéale. En rêve dans un au-delà imaginaire où les pauvres prendront leur revanche sur le malheur. Le Paradis offre à un monde déchiré l’image du salut. La menace de l’enfer, le sentiment du péché, la valorisation du sacrifice, la dérivation céleste de l’espérance, font que les pauvres acceptent plus facilement l’oppression.

Cinquième argument : L’idée de Dieu serait une création issue de notre lâcheté en général.

Ainsi pour Nietzsche, certains hommes ont forgé la fiction du péché et de Dieu, parce qu’ils ne pouvaient participer aux joies terrestres de la pleine satisfaction des instincts.Nietzsche s’en prend plus expressément  au christianisme. Comme beaucoup d’hommes ne sont pas capables d’avoir le courage de suivre leurs instincts, ils ont inventé un autre monde pour pouvoir calomnier celui-ci et le salir. Dieu est donc pour le philosophe une idée morbide. Ainsi, il remarque que la religion chrétienne se bat en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Pour Nietzsche, l’idée de Dieu est une idée tellement dégénérée qu’elle va jusqu’à être en contradiction avec la vie. Nietzsche voit en ceci quelque chose de décadent en inimitié avec la vie. Ainsi la chasteté est pour le philosophe la volonté du néant sanctifié. Aussi Nietzsche dans Ainsi Parlait Zarathoustra annonce « la mort de Dieu », il faut remonter la pente fatale, retrouver « le sens de la Terre« . L’homme n’a pas osé s’attribuer à lui-même des qualités supérieures, il en a fait les attributs d’un être surhumain qui lui est étranger. L’humain a deux sphères : 1) l’aspect  ordinaire, pitoyable et faible (sphère humaine), 2) l’aspect rare, fort, surprenant (l’homme a attribué ceci à la sphère divine). Par conséquent, Nietzsche déclare « La religion est un cas d’altération de la personnalité ».

Mais il faut voir que quand Nietzsche utilise l’expression « la mort de Dieu », c’est une expression qui appartient à la théologie la plus traditionnelle, puisque la mort de Dieu désigne la mort du calvaire… donc quand Nietzsche déclare « nous sommes les assassins de Dieu », … il n’a rien inventé !

Pour Nietzsche, de plus, une fois « la mort de Dieu » réalisée, la sublime aventure du surhomme peut commencer avec l’invention de nouvelles valeurs au-delà du Bien et du Mal ! Dans cette perspective, il n’y a plus de Vérité : « La Vérité est une ombre du Dieu mort« . Les jugements moraux ne sont pas absolus et intemporels pour Nietzsche; ils sont relatifs à l’histoire de la société. Par ailleurs, Nietzsche reproche au christianisme d’avoir amolli l’homme en le consolant par un au-delà inexistant.

Sixième argument : Dieu n’existerait pas car il y a trop de mal sur Terre.

L’idée la plus difficile à affronter pour le croyant est  en effet, la Réalité du Mal. Comment un Dieu tout-puissant et infiniment bon peut-il laisser l’Humanité dans le malheur ? L’auteur du monde se retrouve ainsi accusé. Et les révoltés comme Job s’écrie : « Il a fait le monde, il a mal fait, il aurait du mieux faire, il aurait pu mieux faire ! » Trop souvent, le monde n’est-il pas qu’une vallée de larmes et de misères ?

Épicure dans le fragment 374 voit bien toute la difficulté pour concilier l’existence de Dieu et la réalité du Mal. Face à cette difficile conciliation, il y a quatre possibilités :

1°) Dieu veut éliminer le mal, mais ne le peut (Il n’est pas tout-puissant).

2°) Dieu veut éliminer le mal, mais ne le veut pas (Autrement dit, Dieu est méchant ! )

3°) Dieu veut le mal ; mais de toute façon il ne peut l’empêcher (Dans cette troisième perspective, Dieu est non seulement impuissant, mais aussi méchant !)

4°) Dieu veut le mal pour éprouver les hommes  et peut les en sauver ( unde malum ?)

Face à ce redoutable problème, les philosophes pour concilier l’existence de Dieu et la réalité du mal, ont procédé en général de deux manières.

A) Les philosophes ont dit qu’il n’y a pas réellement de mal dans le monde.

B) Les philosophes ont dit que Dieu n’est pas tout-puissant.

EXAMEN DE LA PREMIÈRE SOLUTION :

On dit que Dieu a fait le mal, mais de toute façon, il a bien fait. Le Mal, en effet, est nécessaire à l’existence corrélative du Bien. Ainsi, par exemple, les stoïciens ont dit que le Mal était nécessaire puisque sans lui le Bien n’existerait pas . Si l’homme ne pouvait pas faire le Mal, il n’aurait pas grand mérite à faire le Bien, comme le dit Denis Kambouchner (un ancien professeur de faculté) : « Si on supprime la nature faillible, pécheresse de l’homme, on supprime du même coup toute possibilité de sagesse, d’héroïsme, de sainteté ». Pour que le Bien existe vraiment, il faut qu’il y ait la liberté humaine de faire le Bien ou le Mal.

Pour les stoïciens, point de vertus sans vices. Nous admirons les actes courageux, généreux et héroïques, mais nous ne les révérions pas tant sans la constance des vices dans le cœur humain.

Pour Dieu, soit il créait un monde avec le Bien, mais avec sa fatale contre partie, le Mal.Soit Dieu créait un monde sans Bien, ni Mal , mais sans enjeu métaphysique : « Un Dieu bon qui voulait la gloire des juste devait aussi vouloir en toile de fond , le mal, sur laquelle se détache leur bonté »(Denis Kambouchner).

Évidemment, on peut objecter que pour la gloire de quelques uns, de quelques résistants; fallait -il une telle contrepartie, tant de mal sur Terre ?! Dieu est-il si bon qu’on le croit s’il ne veut réduire le Mal, mais seulement promouvoir le Bien ? Par ailleurs, le Bien que Dieu voulait produire ne pouvait-il pas suffisamment se différencier des conduites indifférentes  ? Des individus neutres, tièdes ne suffisaient-ils pas , fallait-il, en plus les méchants et les monstres ? Le héros se distingue déjà du commun des mortels, avait-on donc vraiment besoin de gens très immoraux pour le reconnaître ?

Pour les stoïciens l’intérêt de l’existence du Mal, c’est de nous mettre à l’épreuve, Dieu peut ainsi tester la vaillance de ses serviteurs. Pour les stoïciens, même la douleur physique a une positivité, elle nous apprend à endurer. C’est ce que dit d’ailleurs Sénèque,, dans son ouvrage De la Providence, « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire« . Pour Sénèque, il n’y a pas de plus grand héroïsme que de pouvoir par ses vertus se rendre maître absolu de soi et des événements. Il faut des combats pour éprouver le juste. Mais les stoïciens n’étaient-ils pas trop présomptueux quand ils déclaraient pouvoir se rendre maître absolus d’eux-mêmes, ne se prenaient -ils pas eux-mêmes pour des Dieux ? N’avaient-ils pas un fol orgueil ?

EXAMEN DE LA DEUXIÈME SOLUTION

C’est la solution où l’on dit que Dieu n’est pas tout-puissant. Selon le Tout, dans sa globalité,  le monde est juste et beau, mais pas dans les détails. C’est notamment la thèse de Leibniz, dans ses Essais de Théodicée. Leibniz nous dit dans ce livre qu’il ne faut pas considérer le monde, l’univers dans ses parties, ses détails (souvent assez répugnants) mais s’élever jusqu’au Tout (vraiment très beau). Les hommes se plaignent de Dieu et de l’ordre de l’Univers, parce qu’ils n’ont pas la vue assez étendue, ils manquent de hauteur de vue. Pour Leibniz, Dieu a créé le meilleur des mondes possibles; il a passé en revue l’infinité des mondes possibles, et dans son infinie bonté, il a forcément choisi le meilleur.

Mais ce meilleur des mondes n’existe pas sans le Mal; car sans le Mal, le monde serait métaphysiquement moins riche, donc moins parfait. Car sans le Mal, la liberté humaine n’existe pas réellement.Dieu a donc créé le meilleur des mondes, celui dans lequel un peu de Mal permet le maximum de Bien.
Le Dieu de Leibniz n’est pas un Dieu tout-puissant, il ne peut pas aller à l’encontre des lois de l’Univers qu’il  a produites. Dieu ne s’occupe pas des détails, mais le Monde est juste et bon dans sa globalité. Le problème, c’est que si ce détail, c’est un enfant torturé, ou encore un enfant touché par une maladie incurable . Car malgré les raisonnements de Leibniz, le Mal demeure souvent un scandale. Le calvaire du Christ n’est-il pas d’ailleurs le scandale des scandales ?! Lui, l’homme le plus juste et bon que la Terre ait porté n’a t-il pas souffert horriblement dans sa chair et son esprit ? N’a t-il pas été traité comme le dernier des assassins ?! Et pourtant, dans la religion catholique, on nous dit que ce sacrifice était nécessaire « pour le rachat des péchés des hommes » . Il y a dans cette perspective chrétienne quelque chose qui ressemble étrangement aux propos de Leibniz dans Essais de Théodicée, le détail de cette mort permet le salut de l’Humanité, un peu de Mal pour le maximum de Bien…

Cependant, malgré tous ces raisonnements, le mal reste un scandale. C’est ainsi que Camus dans La Peste fait s’exclamer ainsi son héros le Docteur Rieu : « Je refuserai jusqu’à la mort d’aimer cette création où des enfants sont torturés ». Camus, dans un passage très émouvant nous raconte en détail l’agonie d’un enfant contaminé par la peste, et c’est après le décès de cet enfant que le docteur Rieu se révolte contre Dieu et qu’il se conforte dans son athéisme, face à lui le prêtre Paneloux ne sait plus quoi lui répondre, à part qu’il continue à croire malgré l’horreur de la réalité et, peu après d’ailleurs le religieux est emporté à son tour par la peste ! On a aussi Stendhal qui face à l’ampleur du mal s’écrie : « La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas« . La réalité du Mal, en effet, est le plus grand argument des athées.

Cependant n’y a t-il pas dans la réalité des éléments qui impliqueraient l’existence de Dieu ?

DEUXIÈME PARTIE : ARGUMENTS SOUTENANT L’EXISTENCE DE DIEU.

Premier argument : L’argument ontologique

Cet argument a été exprimé par Saint Anselme (1033-1109). Dieu possède toutes les perfections, or l’existence est une perfection, donc Dieu ne peut pas ne pas la posséder. Cet argument ontologique est rapporté également par Descartes dans ses Méditations Métaphysiques. Pour Descartes comme pour Saint Anselme, l’existence de Dieu se déduit de sa définition même. Ainsi la proposition « Dieu n’existe pas » est une contradiction dans les termes, et la proposition « Dieu existe » est une tautologie !

Limite de cet argument ontologique : Cet argument est cependant discutable comme l’a remarqué Kant dans sa Critique de la Raison Pure. Ainsi Kant remarque qu’il n’y a pas de différence entre la somme de 100 thallers dans l’imagination et le concept de 100 thallers existant réellement dans une bourse. Seulement dans un cas , ils n’existent pas, et dans l’autre, ils existent. L’existence n’est pas quelque chose qui se déduit, mais quelque chose qui se constate, et surtout qui s’éprouve. L’existence ne se prouve pas, elle s’éprouve ! L’existence ne se démontre pas par le raisonnement, mais par l’expérience. Avant d’être un concept, l’existence est une mise en situation, une expérience concrète. Kant critique l’argument ontologique, car le tort de Saint Anselme et de Descartes est d’avoir pensé l’existence comme étant un prédicat comme les autres.

Il faut donc trouver des arguments plus solides qui infirmeraient l’existence de Dieu.

Deuxième argument : Il faut bien qu’il y ait eu un commencement, et celui ci est Dieu.

Il faut en effet, un commencement à l’Univers. Comme l’a souligné Saint Thomas d’Aquin, il est  impossible de remonter de cause à cause à l’infini. Il faut nécessairement une cause première qui est Dieu.

Bien sur un philosophe comme Kant dans la Critique de la Raison Pure a dit que la question de savoir si l’univers avait un début ou une fin est au-delà de l’intelligence humaine. Pour Kant, une telle question est indécidable. Et si cela se trouve a t-il même écrit dans la Critique de la Raison Pure, l’univers a toujours existé ! Néanmoins, on tombe sans doute là dans un point de vue intéressant au niveau de l’aspect philosophique, mais quelque peu intellectualiste, car c’est une exigence de la raison humaine que de considérer toute chose comme ayant un  début.

Troisième argument : Aucune société n’a jamais vécu sans religion.

La religion a bien diverses formes, mais c’est quelque chose d’aussi universel que 2+2 = 4. Même les peuplades isolées d’Afrique avant l’arrivée des missionnaires avaient la croyance en un Dieu, même si pour eux dans leur animisme, ce Dieu est très lointain et extrêmement difficile d’accès. « Avant qu’Il réponde, il faut beaucoup de mérite » disent les animistes. C’est une âme au-dessus des autres esprits (esprits, humains, animaux).

Le polythéisme par ailleurs, a tendance à avoir disparu  au fil des siècles au profit du Monothéisme.

Quatrième argument : La beauté du monde, l’émergence de la conscience avec l’apparition de l’être humain prouveraient l’existence de Dieu.

L’évolution de la vie a pris une direction telle qu’on est obligé d’en venir à un principe vital. Il y a du finalisme dans les organismes ; les mutations ont un rôle dans l’évolution du vivant mais n’expliquent pas tout. Ce principe vital, on peut dire que c’est  l’énergie divine régissant l’univers. Le hasard n’arrive pas à tout expliquer.

Sans doute les mathématiciens peuvent répondre que toutes les combinaisons sont théoriquement possibles et que n’importe laquelle peut se réaliser. Rousseau, dans la Profession de Foi du Vicaire Savoyard déclare que dire que l’apparition de la conscience est due au hasard, cela revient à affirmer qu’un singe dactylographe qui taperait dans n’importe quel sens, n’importe quel ordre sur une machine à écrire pourrait recomposer par hasard le texte de l’Illiade. Cette possibilité théorique confine en fait à de l’improbabilité.

Comment le hasard de mutations aveugles, indépendantes des réactions de l’organisme au milieu, pourrait-il rendre compte de l’adaptation remarquable des êtres vivants ?  Certaines convergences sont inexplicables, ainsi pourquoi le canard, la grenouille, le phoque qui n’ont pas de parenté immédiate, ont-ils tous les pieds palmés ? N’est -ce pas le fait d’une inspiration unique, c’est à dire de ce qu’on appelle Dieu ?

Cinquième argument : Dieu existe, car il y a un ordre dans la Nature.

L’univers apparaît comme ordonné, établi sur des principes mathématiques, il y a de la régularité dans la nature. C’est ainsi que Voltaire d’ailleurs s’exclame dans son célèbre distique : »L’Univers m’embarrasse, et je ne puis songer.Que cette horloge existe, et n’ait point d’horloger ». Ainsi, pour se mouvoir, se nourrir et se reproduire, attaquer ou se défendre, plantes et animaux ont au cours de l’évolution, mis en œuvre des mécanismes d’une variété et d’une ingéniosité qui donnent le vertige.

La nature est tellement bien faite qu’elle met en relief qu’il y a une énergie spirituelle (ce qu’on appelle Dieu) à l’œuvre au sein de la matière. Par exemple, constitué pour moitié de gênes paternels, l’embryon devrait être perçu comme un corps étranger par la mère, et être expulsé de son corps. Heureusement pour la survie de notre espèce, dans le placenta, les cellules provenant du fœtus ont à leur surface des molécules dites neutres. Ces molécules sont neutres car elles sont communes à tous les individus humains, ce qui fait que cela inhibe le phénomène de rejet; grâce à cette astuce du vivant, le fœtus n’est pas ainsi perçu comme un corps étranger par l’organisme de la mère.

L’intelligence dont fait preuve la nature pour que les êtres vivants survivent même dans des conditions extrêmes est impressionnante, et laisse supposer l’existence de Dieu. Par exemple, pour vivre dans le froid de l’Antarctique (le pôle sud est la zone la plus froide du globe) il faut au manchot empereur un plumage d’une densité exceptionnelle : onze plumes au centimètre carré, soit 3 à 4 fois plus que la majeure partie des oiseaux.

Sixième argument : Dieu est une exigence de la raison, car sinon il n’y a pas vraiment de sens à la vie.

Si Dieu n’existe pas, il n’y a pas de sens à la vie pour deux raisons :

1°) La vie n’est pas toujours juste sur Terre, l’esprit humain a besoin d’un au-delà où le vertueux est enfin récompensé.

2°) Si Dieu n’existe pas, il n’y a plus de repères, de sens à la vie.

Examen de 1 : La vertu, dans ce monde n’est pas souvent récompensée, comme le démontre d’ailleurs la mort du Christ que nous avons déjà mentionné auparavant. Les criminels ne sont, quant à eux, pas toujours punis dès ici-bas. La raison exige qu’un jour le criminel paye, et que le juste soit récompensé. Ce sont les notions d’enfer et de paradis que l’on retrouve dans toutes les cultures, même si bien entendu, il y a des variantes. Le paradis musulman par exemple, est matériel (les coussins y sont verts, de jeunes vierges attendent les guerriers courageux!). On retrouve cette exigence de justice divine plus forte que la justice humaine dans l’expression du langage courant : « Tu ne l’emporteras pas au Paradis ! », expression que nous prononçons quand nous sommes scandalisés par une injustice.

Examen de 2 : Si Dieu n’existe pas, les valeurs se retrouvent renversées, les repères moraux vacillent. C’est Dostoïevski qui déclarait ainsi « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ». On se rend bien compte de cela quand on examine dans l’œuvre de Nietzsche  les conséquences de la mort de Dieu qu’il proclame et qu’il revendique ! Pour Nietzsche, rappelons-le, ce sont les esclaves, les vaincus de la vie qui ont inventé Dieu, l’au-delà pour compenser leur misère terrestre. Ils ont imaginé de fausses valeurs pour se consoler de ne pouvoir participer aux valeurs authentiques des maîtres et des forts. « La Vérité n’est qu’une ombre du Dieu mort ». Pour Nietzsche, tout ce qui prétend a une valeur absolue est un mensonge, le Bien et le Mal sont déterminés selon l’utilité d’une action, vers la vitalité.

Pour Nietzsche, qu’est-ce qui est bon ? Tout ce qui élève le sentiment de puissance en l’homme. Qu’est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui provient de la faiblesse. La vie seule, en dernier ressort jugera de ce qui est Bien ou Mal. Pour Nietzsche, les inégalités entre les hommes sont nécessaires. La vie veut l’inégalité et la lutte. L’esprit doit se libérer de Dieu et subir trois métamorphoses nous dit Nietzsche dans Ainsi Parlait Zarathoustra :

Première étape : Elle est représentée symboliquement par un chameau qui se charge des fardeaux que d’autres lui font porter (esclavage du christianisme, pitié, protection des faibles, devoirs, scrupules).

Deuxième étape : C’est un lion qui doit combattre le dragon des valeurs séculaires (assassinat de Dieu).

Troisième étape : L’esprit devient enfant, il fonde les valeurs nouvelles, sans repères absolus.

Pour Nietzsche, c’est la vie elle-même qui réclame des inégalités physiques et mentales entre hommes, il n’y a pas selon lui de valeurs universelles. Dans cette optique, les Droits de l’Homme apparaissent comme une monstruosité pour Nietzsche. Tout ce qui prétend avoir une valeur absolue est un mensonge. La soif de dévouement envers autrui caractérise le développement décadent d’une vie qui baisse.

Ce qui révolte Nietzsche c’est que devant Dieu, tous les hommes soient égaux en droits et en obligations. En droits, on voit bien cela dans l’Évangile selon Saint Mathieu quand le Christ déclare : « Même les cheveux de votre tête seront comptés ». En obligations, puisque le Christ déclare : « Étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et ils sont peu nombreux ceux qui le trouvent ».

Si une religion est vraie, elle doit prôner un message universel, elle doit être valable pour tout être doué de raison (quelque soit son sexe, sa race). Car la Vérité est universelle ou elle n’est pas. Ainsi Kant écrit dans son ouvrage La Religion dans les Limites de la Simple Raison : « Une condition véritable pour la véritable Église , c’est d’être valable pour tous ». L’universalité d’un message religieux pour Kant montre sa concordance avec la raison.
Si Dieu n’existe pas, l’homme qui réfléchit se dit qu’il n’a que cette vie, il va chercher les plaisirs du corps et la jouissance dans les biens matériels.Ni les plaisirs du corps, ni les biens matériels ne sont à rejeter, mais il ne faut pas les idolâtrer. Mais si on pense que Dieu n’existe pas, on sera tenté de jouir le plus possible des biens terrestres sans restrictions morales. Cela est bien dit dans la Bible, dans le livre de la Sagesse, le roi Salomon inspiré par Dieu décrit les raisonnements de la plupart des gens qui méprisent ou qui n’y croient pas : « Notre vie est courte et pleine de tristesse… C’est par hasard que nous sommes nés et après notre départ, ce sera comme si nous n’avions jamais existé. Notre respiration est une vapeur sans consistance; la pensée n’est qu’une étincelle produite par le battement de notre cœur: quand elle s’éteint, le corps devient cendre et l’esprit se dissipe comme l’air insaisissable. Après quelques temps, les gens oublient jusqu’à notre nom et personne ne se souvient plus de nos actions… Notre existence s’écoule sans laisser plus de traces qu’un nuage…Notre vie est une ombre qui passe… Eh bien, jouissons donc des biens présents! Avec l’ardeur de la jeunesse, profitons de tout dans ce monde ! Buvons les meilleurs vins, respirons les parfums les plus rares… Voilà à quoi nous avons droit, telle est la part qui nous est due ! Exploitons les gens pauvres et honnêtes, montrons nous sans pitié pour les veuves et sans respect pour les cheveux blancs des vieillards… Voilà comment raisonnent ces gens-là; mais ils se trompent car leur méchanceté les aveugle. Ils ignorent les intentions secrètes de Dieu; ils n’ont jamais espéré en une récompense accordée à qui mène une vie sainte et ils ne croient pas à l’honneur réservé aux êtres irréprochables ». Qu’est ce qui retiendra , en effet, la plupart des êtres humains de ne pas fauter devant les multiples tentations de la vie s’ils n’ont pas cette croyance en Dieu ?

Septième argument : Ce n’est pas parce que le Mal existe, que Dieu n’existe pas car en général, la plupart du Mal est produit par l’homme lui-même, et provient de la liberté humaine.

Nous avons vu dans la première partie que la réalité du Mal était la plus grande difficulté métaphysique que devait affronter le croyant. Or, il faut bien voir que le Mal est de deux sortes, il y a le Mal indirect et le Mal direct. Le Mal indirect, c’est le Mal involontaire, par exemple, les tremblements de Terre, certaines maladies … Le Mal direct dérive de la méchanceté et est produit par l’homme lui-même et non imputable à Dieu (guerres, conflits en tous genres, misères économiques et sociales…)

Si l’homme est justement à l’image de Dieu, c’est par la liberté. Dieu pour les croyants a fait l’immense cadeau de la liberté. Pour le croyant, Dieu par excès d’amour est allé jusqu’à nous donner la liberté. Cependant n’aurait-il pas mieux valu nous laisser serviles ?

En théologie catholique, Dieu s’est incarné par son Fils alors Dieu n’est pas injuste puisqu’il a lui-même subi l’injustice, la torture, le mépris. Dieu, pour le croyant s’est incarné pour nous montrer la voie à suivre malgré le poids de la chair. Si Dieu s’est effectivement incarné, il a subi la souffrance physique, mais aussi une souffrance morale atroce … ce genre humain tant aimé qui le tue !

CONCLUSION

Face à la question de la croyance en Dieu, l’homme reste absolument libre. De toute façon, on ne peut forcer personne à croire en Dieu. Comme le dit Pascal dans les Pensées : « Mettre la violence dans la religion, ce n’est pas mettre Dieu dans les cœurs, mais la terreur ». Si Dieu existe donc, il veut que chaque être humain vienne à lui librement. La question de Dieu rejoint donc celle de la liberté. Forcer quelqu’un à croire ou à ne pas croire est donc intolérable.

Pour clore le sujet, je voudrai finir par une expérience mystique personnelle. Après des épreuves difficiles, un matin, au réveil, j’eus une sorte de vision sur l’origine de l’Univers. La voici : Au début de Tout, alors qu’il n’y avait rien, je vis dans le vide inouï une angoisse métaphysique intense. C’est quelque chose que je ressentais plutôt que je ne voyais. C’était un endroit hors de l’espace et du temps. Oh! Tellement petit dans l’espace de l’infiniment minuscule, tellement prompt dans le temps immobile du vide originel ! Eh bien ! Dans ce vide originel, c’était tellement vide que ça faisait naître un sentiment, un sentiment d’étonnement, une angoisse métaphysique. Et c’était tellement angoissant et étonnant qu’il n’y ait rien, que cela faisait surgir un cri dans les tonalités de « ah ».

Un son imprononçable pour un humain, un cri primal, un élan de conscience, c’était ce qu’on appelle Dieu. Dieu, le Verbe, ce cri primal ouvrait l’espace et le temps; de ce son inouï jaillissait des éclats de lumière, et de ces éclats de lumière naissaient les premières particules de matière de l’Univers. L’Esprit, dans ma vision, était donc premier.

Je vis aussi, ou plutôt je ressentis autre chose de fantastique, c’est qu’il était impossible qu’il n’y ait rien. Leibniz a fait partir toute métaphysique de cette question fascinante : « Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? » Eh bien ! Figurez vous qu’il faut répondre à cette question : il y a quelque chose parce qu’il est impossible qu’il n’y ait rien, l’Univers ne peut pas ne pas exister ! L’Univers est obligé d’apparaître; car c’est vraiment terriblement angoissant qu’il n’y ait rien, cela fait naître un sentiment d’étonnement sidéral, un prémice de Verbe. C’est donc l’Esprit qui a fait jaillir l’Univers, la matière vint après. L’énergie spirituelle primordiale a ouvert l’espace et le temps par son cri originel. De ce cri originel a jailli la lumière; de la lumière est née la matière.

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